Le syndrome des Balkans

Vol Bivouac et parapente

Imaginer un nouveau vol bivouac est toujours une aventure en soi car, finalement, dès que l’on s’écarte des sentiers battus, nous ne sommes pas si nombreux à enfourcher nos montures de tissus pour aller galoper vers des Terrae Incognita. Aussi, lorsque l’on se plonge dans des recherches relatives à un parcours imaginé devant un fond de carte, les résultats sont parfois maigres. A l’heure de la communication mondiale, cette absence de détails peut nous plonger dans le doute et l’angoisse.

« Est-ce que ce que je suis en train d’imaginer est trop dur ou trop compliqué en parapente pour que personne n’en parle ? Si j’y vais, serai-je le premier ? Est-ce involable ou quoi ?…»

Mais, à bien y penser, n’est-ce pas cette incertitude qui nous anime, nous pousse, nous guide ? Cette volonté, plus ou moins consciente, d’échapper, pour un temps, à un monde sans surprise où le goût, la couleur, les émotions s’échouent et se fanent sur une réalité parfois insipide car trop connue ?

Balkans, possible?

Le printemps dernier je flânais dans mes notes, épluchant les multiples idées de hike and fly que je stocke dans un dossier appelé « Fenêtres sur rien », quand une ligne attira mon attention.

J’avais écrit « Balkans, possible ? », suivi de quelques noms dont la consonance éveilla un écho. La rencontre avec ces mots emplis de mystère semblait tomber fort à propos puisque, justement, j’étais en recherche d’inconnu pour l’été à venir.
Aiguillonné par la curiosité, j’allumais mon ordinateur et ouvrais mon navigateur sur Xcplanner. En quelques clics la réflexion qui m’avait amené à écrire ces mots me revint à l’esprit.

Oui, à travers la chaine des Balkan et ses pays satellites, une série de sites de parapente émergeait, les analyses de traces de cross prouvaient que le potentiel de vol était bien présent. Et en dé-zoomant on pouvait imaginer un tracé au long-court encore rempli de zones de vide.

La géographie invitait facilement à un grand voyage d’une mer à l’autre, bref les contours d’un projet alléchant semblaient se dessiner. Motivé par une aventure dans un recoin du monde que je connaissais assez mal, il n’en fallait pas moins pour me faire basculer dans une recherche assoiffée de récits et de vidéos. La pauvreté des réponses ne fit qu’accentuer mon désir de découverte : c’était décidé, l’aile et son pilote allaient s’embarquer une nouvelle fois sur la route des montagnes.

Avec Benji, qui est un grand fan de marche et vol, nous avions évoqué l’idée de partager un Vol’biv depuis un bon moment déjà. Nous recherchions, chacun de notre côté, quelque chose qui puisse s’imbriquer dans nos envies et nos emplois du temps respectifs. Cette itinérance de la Mer Noire à la Mer Ionnienne semblait répondre parfaitement à nos aspirations. De plus, par chance, Benji parlait quelques mots de russe, sans doute forts utiles dans ces pays de l’ex bloc soviétique. De mon côté je ne parlais pas le Balkanais et ne connaissais pas les époux Balkany, j’étais donc parfaitement inutile.

Bref, quatre coups de téléphone et dix mails plus tard l’avion nous voit débarquer à Varna, station balnéaire du bord de la mer noire. De là un petit trajet nous mène au cœur de l’oblast de Choumen, où se trouve un site majeur de vol de plaine en Bulgarie. De cette périphérie nord de l’est des Balkans nous comptions pouvoir rejoindre les premiers reliefs pour retrouver les montagnes. Hélas, durant plusieurs jours la météo pluvieuse ne nous laissa guère l’occasion de nous exprimer en l’air et nos tentatives lors quelques créneaux ensoleillés se soldèrent par des tas mémorables. L’école de l’humilité à pied venait de commencer.

Finalement nous arrivames vers la Kamchia pass, à partir de ce point la chaine de montagnes prend progressivement de la hauteur pour aller friser les 2400m. Les parties basses, souvent denses en forets et taillis offrent néanmoins quelques chemins permettant d’accéder à des plateaux sommitaux véritablement dessinés pour la repose et le bivouac. Au sud, en direction de Plovdiv, la plaine est régulièrement généreuse en thermique, mais attention à ne pas descendre trop bas car la reconquête des mètres perdus est parfois longue et fastidieuse.

Au fil des kilomètres nous commençons à comprendre l’aérologie taquine de la région. Quelques heures passées à arpenter une jolie forêt de feuillus à la recherche d’un décollage improbable, pourtant référencé sur Paragliding Map, nous font comprendre que seule l’observation attentive et l’audace nous apporteront des solutions pour nous envoler.

Le vol, lui, peut véritablement commencer dans les environs de Sliven, qui est le spot le plus à l’Est de la chaîne.
Une fois en l’air nous cheminons et survolons des monuments perchés sur des sommets, tel le pic Botev (2376m, au cœur du parc des Balkans). On trouve le long de cet axe de nombreux édifices massifs, comme autant de vestiges de la grande époque du communisme.
Le vent du nord est bien présent durant les premiers jours et sur cette chaine orientée Est-Ouest nous hésitons d’abord à voler sous le vent. Cependant, à regarder filer les nuages, il semble que le profil principal du relief ne génère pas tant de turbulences. Nous tentons le coup et ça marche ! Les thermiques sous le vent sont bien toniques, mais ils nous permettent de nous extraire puis de gagner des colonnes plus homogènes sur la plaine.

En termes de stratégie il faut vraiment s’appuyer sur les crêtes déboisées pour gagner un max de hauteur avant de transiter car les fôrets, elles, coupent les thermiques…et elles sont grosses avec peu d’options de posers…et une forte possibilité de croiser un ours !

Nous finissons par gagner Sopot (c’est un site majeur à l’ouest de Kazanlak). Le décollage est desservi par un vieux télésiège deux places. Une fois en haut c’est une belle invitation à une jolie marche. On peut aller planter un bivouac somptueux au milieu d’un belle clairière ou prolonger la marche jusqu’à l’un de ces refuges que l’on trouve tout au long de cet axe du Grand Balkan.

L’ambiance est vraiment bonne et la bonne humeur règne, y compris dans les instants où nous devons prendre des décisions cruciales et où les avis sont divergents. Le vol bivouac a cela de contraignant qu’une erreur de décision se paye souvent avec de la sueur et des heures de marche. Autant être capable de composer et d’assumer ensemble et ne pas laisser la rancœur prendre le pas si le choix ne s’avère pas payant. Avec Benji c’est facile et j’apprécie véritablement cette simplicité.

Nous avons enfin posé la tente, le réchaud ronronne, assis peinards sur nos matelas gonflables nous bénéficions d’un extraordinaire lever de pleine lune, spectacle grandiose qui nous enthousiasme. Mais la nuit est un peu rude, le vent souffle toujours fort et pousse la toile contre mon visage, difficile de dormir dans ces conditions.

Petit décolage matinal face à une plaine qui s’allume assez vite, de là le vol se poursuit en direction de Sofia. Nous jouons avec des formations nuageuses qui s’empilent progressivement. La région est connue pour ses orages de fin de journée, prévisibles mais intenses. Quelques bruits sourds nous interrogent, non, cette fois-ci il ne s’agit plus des tests de mortiers et autres canons de l’armée Bulgare…Nous poussons un poil le bouchon et l’accélérateur avant de choisir de nous vacher dans un champs, finalement refroidis par les coups de tonnerre. Oups… Le milieu de nulle part en Bulgarie c’est vraiment…nulle part ! Trouver une information fiable obtenir des horaires de train (trèèèèès variables) nécessite un peu de persévérance. Par chance la Bulgarie est dotée d’une très bonne couverture en 4g+ !
Nous contournons la capitale par le sud pour ne pas pénétrer dans la zone d’interdiction aérienne. Au-dessus de Sofia le Bistrisko est un bon point de départ en direction des massifs de Rila et Pirin, où notre projet déroule son fil.

Au sommet de la station de Borovets nos ailes sont dépliées à quelques encablures du Moussala (2925), le plus haut sommet de Bulgarie. Les plafs ne sont pas très haut et la région vraiment engagée. Entre blocs granitiques et sapins nains les poses possibles ne courent pas les rues. La nature est très présente, c’est un véritable paradis pour les amoureux du wilderness ! Plus au sud Bansko, autre spot majeur ou eurent lieu quelques compétition, et ses montagnes nous attendent. De là nous avons repéré un couloir sensé nous emmener vers le Kerkini lake et la frontière grecque avant de repartir franchement à l’ouest pour revenir vers la mer Ionienne.
Mais la météo et le timing en décident autrement. Nous courrons après le temps perdu, c’est notre syndrome des Balkans. Hélas c’est une course perdue d’avance dont nous sommes des acteurs d’abords désabusés puis amusés.

Notre grande traversée devra attendre. Le projet reste ambitieux, motivant et riche de promesses. Pour ma part j’ai vraiment adoré car, une fois de plus, le vol’biv aura été riche d’enseignement. Avec un peu de recul j’espère avoir l’occasion de retenter cette ligne, elle mérite le détour. Quelques semaines plus tard je recevrai un coup de fil d’Antoine Girard en quête d’infos sur cette même destination. Parti sur un itinéraire différent en compagnie de pilotes locaux il parviendra à réaliser une belle itinérance. Convaincu magnifique potentiel qu’offre le pays en Hike and Fly nous avons d’ailleurs décider de proposer un stage cross pour tous les pilotes curieux de découvrir ces régions splendides.

Annonce

Parapente Bulgare : le cross a Sopot

Peu fréquentée par les français, la Bulgarie est véritablement une destination majeure pour pour le parapente. La chaîne des Balkans, qui s’étire d’Est en Ouest offre des conditions de vol régulièrement excellentes. Le relief, plutôt arrondi, est moins sujet aux turbulences que les crêtes acérées des Alpes. Enfin la plaine, qui marche également très bien en thermique, offre de vastes étendues pour aller se vacher en sécurité.
En bref il est est assez aisé de faire des kilomètres de cross tout en se perfectionnant en thermique au long de parcours variés dominant de magnifiques forêts de pins. Le tout dans une ambiance bien dépaysante, nous sommes ici à la croisée des cultures entre l’Europe, l’ex bloc soviétique et les rivages pas si lointain de la Turquie. On dit que les Balkans sont le coeur de l’histoire, à vous de vérifier !!

Stage – Thermique et Cross

  • Pour qui? : Brevet de pilote ou équivalent

  • Durée : 7 jours

  • Prochains Départ : 18 juillet 2021

  • Budget : 980 €

Réserver

Les aventuriers

Benjamin Gaudry
Benjamin Gaudry
Parapentiste – Trailer
Philippe Collet
Philippe Collet
Moniteur de parapente – guide haute montagne